Tropique du cancer, Henry Miller


Je suis un homme libre– et j’ai besoin de ma liberté. J’ai besoin d’être seul. J’ai besoin de méditer ma honte et mon désespoir dans la retraite; j’ai besoin du soleil et du pavé des rues, sans compagnons, sans conversation, face à face avec moi-même, avec la musique de mon coeur pour toute compagnie… que voulez-vous de moi? Quand j’ai quelque chose à dire je l’imprime. Quand j’ai quelque chose à donner, je le donne. Votre curiosité qui fourre son nez partout me fait lever le coeur. Vos compliments m’humilient. Votre thé m’empoisonne. Je ne dois rien à personne. Je veux être responsable devant dieu seul … s’il existe!

Le monde autour de moi se dissout, laissant çà et là des îlots de temps. Le monde est un cancer qui se dévore lui-même… Je songe que lorsque le grand silence descendra sur tout et partout, la musique enfin triomphera. Quand, dans la matrice du temps, tout se sera à nouveau résorbé, le chaos règnera à nouveau, et le chaos, c’est la partition sur laquelle s’inscrit la réalité.

Si un homme osait jamais traduire tout ce qui est dans son coeur, nous mettre sous le nez tout ce qui est vraiment son expérience, ce qui est vraiment sa vérité, je crois que le monde s’en irait en pièces, qu’il sauterait en milles miettes, et qu’aucun Dieu, aucun accident, aucune volonté ne pourrait jamais rassembler les morceaux, les atomes, les éléments indestructibles qui ont servis à faire le monde…

C’est cette espèce de cruauté qui est incrustée dans les rues; c’est cela que les murs nous envoient en pleine figure et qui nous terrifient quand brusquement une peur sans nom nous traverse, quand brusquement une panique torturante nous envahit l’âme.[…] Où que vous alliez, quoi que vous touchiez, il y a le cancer et la syphilis. C’est écrit dans le ciel; cela danse et flamboie comme un présage sinistre. Nos âmes en sont rongées, et nous ne sommes rien d’autre qu’un monde mort comme la lune.

Le papier peint avec lequel les hommes de science ont recouvert le monde de la réalité tombe en lambeaux

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A propos Mamieva

Cuisine, Cosmétique, Débrouille et autre tambouille. Un brin écolopate de temps en temps. Mais je me soigne.
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