On a tué.


On a tué.

En France, on a tué des hommes.

Des hommes qui pour seul arme avaient un crayon et, un esprit.

Un sens aigüe de la

liberté.

On a tué.

Fait au Ô combien banal. Déjà Brassens le disait, on ne cesse de le faire, mourir pour des idées… Ces hommes que l’on a tués étaient de ceux qui avaient choisi de tourner autour de la tombe pour réfléchir deux minutes*. Fallait-il mourir pour défendre leurs idées ? Ils avaient choisi de rire. Parce que, d’autres aussi l’avait dit avant nous, le rire est l’arme du sage.

On a tué, oui, mais surtout, on a voulu tuer des idées, des valeurs et une certaine façon de les défendre, et avec ça, c’est un peu chaque français et chaque humain qui porte en son cœur des valeurs humanistes qui a été blessé.

Ces hommes n’étaient pas des saints, et ceux qui les ont tués n’étaient pas des diables. Pourtant dès demain, ils seront sanctifiés et diabolisés.

C’est nous qui les avons tués, un peu.

Ils sont morts en héros car ils ne voulaient pas laisser la peur dicter leur conduite, ils en auraient trahi leur si chère liberté, et comment auraient-ils pu vivre après ? Parfois il n’y a pas de choix parce qu’il a déjà été fait, tout au long de leur vie, le choix ils l’avaient déjà pris.

Mourir, plutôt que vivre à genoux.

Peut-être que les convictions qui les ont mené à ce choix ont été forgé dès l’enfance, à l’école, à la maison, au contact d’autres, à l’étranger, auprès d’œuvres culturelles, artistiques qui les auraient fait sonder leurs cœurs pour toujours choisir la joie plutôt que la haine, l’amour plutôt que la rancune, la compassion plutôt que la colère, la dérision plutôt que le premier degré, l’ironie plutôt que la rancune, l’irrévérence plutôt que la dévotion.

Qu’avons-nous fait et que n’avons-nous pas fait pour laisser en de jeunes cœurs croitre la haine et la colère, l’intolérance et le rejet ? La bêtise, la connerie n’est que le fruit de tout ça. Et aussi d’un prêche enrôleur sur les friches délaissées de cœurs égarés

Pour s’armer face aux forces obscures qui s’amoncellent dans le ciel de notre avenir, il nous faudra délaisser les armes du rejet, de la colère et de la fermeté (que j’entends déjà brandir par quelques in-con-scient pensant d’abord à leurs campagnes), et prendre les armes de la compréhension. Comprendre nos erreurs, comprendre comment parmi les êtres humains qui viennent au monde, tous égaux en droit et en possibilité d’amour, de raison et de humanité, sont créés des êtres de violence, de haine et de bestialité.

Pensons à l’école, pensons à l’incarcération, comment peut-on délaisser autant des concitoyens qui s’étant éloigné du droit chemin, et forcés d’être privé de liberté, comment peut-on ne pas en profiter pour les aider à retrouver ce droit chemin, pour tenter de purger leurs cœurs de la colère pour la remplir de culture, de paix et de joie ? Certes, tous ne pourront pas être transformé mais pourquoi ne pas semé des graines en eux ? Pourquoi les moyens sont-ils mis sur l’après plutôt que l’avant ce qu’ils nomment « radicalisation » ? Combien de policier et d’agent de la sécurité à changer en agent carcéraux, psychologues, éducateur, « cultureurs » d’une pensée civique et humaine ?

Il y a tous en nous un ange et un démon, un Jedi et un Sith, s’armer pour lutter contre la mort et la guerre, c’est devenir tous, des maitres Jedis, et former des apprentis en pagaille…

Ni intolérance, ni diabolisation, ni violence, il ne faut être ferme qu’avec nos engagements.

A la haine, il n’y a que l’amour à opposer.

 

 

 

*Des idées réclamant le fameux sacrifice
Les sectes de tout poil en offrent des séquelles
Et la question se pose aux victimes novices
Mourir pour des idées, c’est bien beau mais lesquelles ?
Et comme toutes sont entre elles ressemblantes
Quand il les voit venir, avec leur gros drapeau
Le sage, en hésitant, tourne autour du tombeau
Mourrons pour des idées, d’accord, mais de mort lente
D’accord, mais de mort lente

Georges Brassens Mourir pour des idées

Charlie Alouette

#JeSuisCharlie

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A propos Mamieva

Cuisine, Cosmétique, Débrouille et autre tambouille. Un brin écolopate de temps en temps. Mais je me soigne.
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2 commentaires pour On a tué.

  1. très vrai ce que tu dis. A la haine, il nous faut répondre par l’amour, la tolérance, la compassion, la liberté…. C’est la seule voie qui nous permettra d’avancer. Isabelle

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  2. Godderidge dit :

    Salut l’alouette,

    J’ai parcouru avec intérêt ton texte intitulé « on a tué ».

    Quelques petits commentaires « à chaud » que ces événements m’inspirent.

    Tout d’abord, tuer n’est jamais banal et encore moins dans de telles conditions, au sein même d’une rédaction de presse symbole de la liberté d’expression, sur le sol français, en pleine journée et avec une froideur extrême.
    Qui plus est 8 ans après les fameuses caricatures du prophète…si de vengeance il s’agissait, le moins que l’on puisse dire est qu’elle se mange glaciale…

    Ce qui m’interpelle, c’est effectivement de constater que notre démocratie génère en son sein des antidémocrates de tous poils, qui savent jouer de la liberté qu’il leur est accordée pour justement lui porter atteinte… Comble du système et avènement ultime de la bêtise, de l’ignorance de minorités ayant des justifications farfelues pour tout citoyen modéré.

    Tu évoques les prédicateurs, pour certains érudits, pour qui endoctriner des esprits faibles, en manque d’éducation et de repères, est un jeu non pas d’enfant mais pervers et terriblement efficace. J’ai bien peur qu’augmenter les moyens de prévention, d’accompagnement de ces personnes en errance ne suffise pas. Le mal est profond, la fracture sociale s’accroît et la douce idée que la plupart d’entre nous se faisons de la démocratie est sérieusement écornée.

    Au delà du concept même de laïcité, et même des interprétations diverses et très variées qu’elles suscitent, comment la concrétiser au quotidien, la faire vivre? Que signifie, dans les actes de tous les jours, le « vivre ensemble »?
    Car au delà du discours, des belles intentions voire des postures moralistes de ceux qui se croient plus qu’ils ne croient, c’est une forme d’impuissance qui peut légitimement s’emparer des citoyens encore sous le coup de cet épisode sanglant heureusement inédit en France.
    Le fanatisme ne laisse plus aucune place au doute, ne permet plus le questionnement ni encore moins la remise en cause.
    Face à lui, on se sent démunis, particulièrement pour ceux qui n’ont jamais eu d’effort à faire pour intégrer naturellement la tolérance.
    Tolérance d’ailleurs dont beaucoup se réclament alors même qu’ils ne se mélangent guère.

    Prenons l’exemple du slogan devenu symbole « JeSuisCharlie »: n’est-il pas, en soi, celui de celles et ceux qui se sentent « éduqués », capable d’y mettre un sens allant au delà d’un simple soutien à la revue satirique attaquée?
    A t’on imaginé que les musulmans modérés de France, cela même qui ne posent aucun problème et qui sont donc intégrés, allaient se sentir concernés et solidaires derrière cette bannière? N’a t’on pas envisagé que ces derniers se soient réellement sentis agressés ou choqués par certaines caricatures volontairement provocantes? Et que de facto, autant ils condamnaient avec la même fermeté ces actes terroristes, autant ils ne pouvaient pas non plus défiler, tels des fidèles à Charlie Hebdo.
    Nous devons nous rendre à l’évidence que les valeurs républicaines ne se décrètent pas, qu’elles se construisent avec le temps et qu’elles sont également fragiles parce que confrontées au travail de sape de mouvements sectaires radicaux.
    Alors cela sous-entend une grande capacité d’écoute, d’acceptation des différences de culture, de religion, et même de simples points de vue divergents. Là encore, qui d’entre nous fait réellement cet effort d’aller vers l’autre, de faire un pas, de tenter de se mettre à la place de…pour mieux le comprendre?…
    Qui devrait servir de garde fous pour éviter que certains basculent dans ces formes de folie? L’école? N’est ce pas trop demander aux enseignants quand c’est tout l’environnement, notamment familial, qui est défaillant?
    Peut-on imaginer que la prison opère comme un vecteur de prise de conscience? Certainement pas au vu des conditions de surpeuplement. On constate même certaines fois une accélération du processus de radicalisation…
    La classe politique? Oui si elle était en mesure d’évoluer, de se renouveler, et d’arrêter la mascarade d’une opposition systématique de partis historiques déconnectés de son peuple.

    Alors qui? Comment? Les moyens de prévention existent, les travailleurs sociaux se démènent sur le terrain, et pourtant, des gamins nés en France arrivent à échapper au système, s’opposant à la république pour finir même par la rejeter avec violence.
    La solution est complexe, passera nécessairement par des forces collectives qui permettront de lutter contre l’individualisme, le repli sur soi ou le réflexe communautaire.
    Il faut montrer, valoriser les bons exemples, parler et diffuser par les médias les choses positives qui se passent partout sur le territoire. Les entraides, les amitiés, les relations intelligentes qui se nouent et qui ne défraient jamais la chronique.
    Enfin, cela va forcément déplaire aux biens pensants mais il me semble qu’il faut dans le même temps une grande fermeté avec ceux qui colportent autour d’eux des conceptions idéologiques potentiellement criminelles.

    Cédric G, agnostique convaincu viscéralement attaché à la liberté des hommes, quand celle-ci ne met pas en péril celles des autres.

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