J’ai mis du temps pour réaliser


Alors donc ça finit comme ça.

Sans prévenir.

Encore, s’il vous plaît, juste un peu, pas besoin d’un an, juste quelques mois, un été, jescze lata, pas un hiver parce que si les polonais compte les années en été, les expats les comptent en hiver passé. Question de résistance. J’ai pas finis, il y a tant à découvrir, je commence à peine à baragouiner, à alterner les ch, tch, ts avec intelligibilité, sur mes de petites jambes potelées de nouvelle polonaise, à mes pieds nues, deux racines ont poussé.

Plus.

Finis. Les restaurants à moins de 5euros, les bières à moins de 1, et la vodka, la vodka moins chère que l’eau.

Au-delà, plus de week-end à l’envolée, sauter dans un train pour quelques heures et un ailleurs, vert, blanc, gris. Billet de 2 heures minimum à dix euros pour tout le pays.

Fini ainsi, les soirées interminables et les rencontres au coin d’une table, d’un bus, d’une rue.

Plus de dzien dobry et de do widzenia sans réponse.

Ne plus discuter en anglais avec un espagnol et espagnol avec un portugais, anglais et français avec un allemand et allemand avec un polonais.

Fini la luge, les barbecues, les noms imprononçables, les « następny przystanek ».

Et les forêts de hêtres, bouleaux et pins, dernières forêts primaires d’Europe, cachant loups, ours et randonneurs intrépides.

La mer glacée. Le pêcheur au loin assis près de son trou dans la glace. Croire rêver, et puis, être habituée. Aux plumes et aux fourrures, à la vodka pure pendant des heures, une gorgée de bière pour calmer la gorge, la russe de 2h du mat qui n’est jamais bourrée.

Plus d’hospitalité légendaire, un pied dans la maison de l’arrière grande tante, les verres à shot « szlanka » posée, la bouteille de vodka de prune artisanale à 70 débouchée, les biscuits, gâteaux aux pommes « Szarlotka », jambon, fromage, pain, viande blanche posée à côté, pêle-mêle, peu importe qu’on soit le matin, à déjeuner, l’après midi. Les sourires et les rires, devenir bilingue en quelques verres, s’embrasser en partant comme si on se connaissait depuis des années, remettre ça dans la maison voisine, un autre cousin. Discuter de la Pologne et de se qu’on en entend, ces chômeurs espagnols, grec, ukrainien, asiatiques qui y vont chercher du boulot dans les grands chantiers, ces polonais qui s’en vont travailler dans le houblon en Allemagne et la vigne en France.

Plus de champs de patates à perte de vue. De marché aux fleurs toute l’année, explosion de tulipes par moins 15.

Fini le langage des signes pour se faire comprendre, les seuls mots qu’on connaît et les sourires qui disent tout. Puis être fière quand on a pu pour la première fois passé inaperçue, en économisant ses mots, soignant la prononciation et renseigner des polonais dans leur propre pays.

Plus de voyage chaque semaine comme si l’Europe nous appartenait.

Mais comme elle n’appartient qu’à nous, toujours ce sentiment d’être tous frères et sœurs, enfant d’un même continent, tous enfants d’Erasmousse.

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A propos Mamieva

Cuisine, Cosmétique, Débrouille et autre tambouille. Un brin écolopate de temps en temps. Mais je me soigne.
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Un commentaire pour J’ai mis du temps pour réaliser

  1. VALADAO Bruno dit :

    Do zobaczenia!!!!!!!!!

    J'aime

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